En
seulement quelques films le comédien Edward Norton a prouvé
son grand talent et la variété de son jeu, passant de la comédie
musicale ("Tout le monde dit I love you" de Woody Allen) au
film sulfureux ("Fight
Club" aux côtés de Brad Pitt) avec
un égal bonheur.
Ses
choix artistiques ambitieux lui ont déjà valu deux nominations
de meilleur acteur et meilleur second rôle aux oscars. Après
cette éblouissante carrière d'acteur, Norton ajoute une corde
à son arc en se lançant dans la réalisation. Disons-le tout
de suite: ce premier film est une pure merveille.
Le
réalisateur réussit à nous faire croire à une histoire impossible:
les retrouvaillles de trois amis d'enfance, deux garçons et
une fille (Anna) qui ne s'étaient pas revus depuis plus de 12
ans. Deux d'entre eux ont embrassé leur vocation respective:
le rabbinat pour Jake, la prêtrise pour Brian.
Anna
passe quand à elle le plus clair de son temps dans sa bulle
de verre: un vrai bourreau de travail. Naturelle, rayonnante,
elle fait naturellement chavirer les cœurs de nos deux héros
lors de son retour parmi eux.
Mais
les deux religieux sont eux aussi accaparés par leur tâche.
Norton exacerbe la tolérance entre les religions tout en stigmatisant
les problèmes internes de ces dernières. La
religion tient d'ailleurs une place de choix ce film. Le sacré
prend une toute autre envergure sous les effets de la modernité.
Une véritable religion-spectacle, oû Brian et Jake réalisent
tous deux leur one-man-show. Un parti-pris qui secoue ceux qui
veulent perpétuer la tradition: le choc des générations semble
inévitable.
Les deux héros ont l'intelligence de ne pas rester ancrés aux
vieux dogmes, de transgresser les interdits des microcosmes
juif et catholique. Bref, Norton exacerbe la tolérance entre
les religions tout en stigmatisant les problèmes internes de
ces dernières. De ce point de vue, Norton réalise une réflexion
très intéressante sur l'évolution inéductable du culte.
Et
New-York, en toile de fond, correspond parfaitement à cette
merveilleuse histoire: une ville pluriethnique, pluriconfessionnelle,
composée d'individualités contrastées: le décor parfait pour
un tel sujet.
Enfin, on retrouve dans "Au nom d'Anna" tous les ingrédients
qui ont fait le succès de comédies romantiques comme "Coup
de foudre à Notting Hill". Ce
n'est d'ailleurs pas un hasard si le film de Norton comporte
beaucoup de points communs avec celui Roger Michell: l'héroïne
porte le même prénom ( Anna "Reilly" et "Scott" dans "Notting
Hill"), une galerie de personnages secondaires très bien écrits
(le barman irlandais, les prétendantes de Jake), des situations
non-envisageables dans la réalité (un prêtre et un rabbin amoureux
d'une même fille).
Sans
oublier un net goût pour le comique de situation. L'humour d'ailleurs
fait toujours contrepoids au situations embarrassantes. Le tout
dégage un sentiment d'euphorie très agréable.
On savait qu'Edward Norton était un des acteurs les plus doués
de sa génération: avec "Au nom d'Anna", il réalise une divine
comédie romantique et devient un cinéaste promis à un promis
à un bel avenir. Norton,
béni des dieux ?
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