|

Couramment
les grands musées consacrent des rétrospectives à des réalisateurs
lors de cycles. A contre-courant de ces pratiques, le Centre Pompidou
innove avec l'exposition "Hitchcock et l'art : coïncidences fatales".
Dominique Païni, commissaire de l'expo, a ainsi établit des
parallèles (d'où le titre "coïncidences fatales")
entre le réalisateur de "La mort aux trousses"et
des oeuvres d'art.
200
oeuvres d'art du 19e siècle à nos jours (des peintures bien sûr,
mais aussi des dessins, livres et des sculptures) côtoient ainsi
300 photos de tournage, affiches, story-boards, maquettes de dessins,
ainsi qu'une quarantaine d'extraits de films.
Hitchcock
était d'ailleurs un grand amateur d'art. Le maître
du suspens a travaillé avec Dali et collectionnait des
oeuvres de Vuillard, Paul Klee ou encore Sickert.
Impossible
de parler d'Alfred Hitchcock sans mentionner son rapport avec
les femmes.
Au
cours d'une passionnante conférence qu'il a tenu pendant
plus d'une heure, Dominique Païni a brillamment exposé
les rapports particuliers qu'entretenait Hitchcock avec la gente
féminine.
Tout
au long de ses films, Hitchcock a façonné ses personnages
féminins comme il l'entendait.
Des femmes froides, distantes et cintrées. Une attitude
à mettre en corrélation avec son amour pour l'art,
qui confère à toute sa filmographie une certaine
régularité, une signature.
Ainsi,
le réalisateur des "Oiseaux" composait certains
plans comme des tableaux.
Comment
en effet ne pas rapprocher la muse Ingrid Bergman dans "Les
Amants du Capricorne" et son inspiratrice , "l'Althea"
de Julia Margaret Cameron (1872) ?
Tous
les tableaux qui ont inspiré Hitchcock traduisent son désir.
Des beautés figées, au parfum de mort (Madeleine dans "Vertigo").
Cette
dernière, interprétée par Kim Novak fait
écho à l'"Ophélie" de Sir John Everett Millais, lors
de la scène de la noyade sous le Golden Gate.
Autant
de représentations du thème shakespearien de la femme noyée.
Grace
Kelly, Tippi Hedren, Kim Novak: femmes-chimères aux visages lisses
et chevelures vaporeuses. Un véritable parti-pris érotisant.
Dans
ce même registre, "Le Baiser" de Rodin (voir photo
ci-dessus), l'"Aello" de Picabia, ou encore "Duo"
de Magritte viennent mieux souligner l'étreinte de Cary Grant
et Eva Marie Saint dans "La Mort aux trousses".
Des
baisers intenses qui ne mettent que mieux en lumière la phrase
de Truffaut à propos d'Hitchcock: "toutes les scènes d'amour
étaient filmées comme des scènes de meurtre, et toutes les scènes
de meurtre comme des scènes d'amour".
|