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Doux,
dur et dingue. Gérard Lanvin est tout cela à la fois. Capable
de donner une bonne droite dans la figure comme porter en
plein désert son Boulet (Benoit Poelvoorde). Un homme sans
concession et généreux. Simple, bien loin du star-system.
Car
Lanvin fonctionne au coup de coeur. Cette même sincérité qui
l'a pousser à accepter de jouer dans Le Boulet, comédie
qui n'est pas sans rappeler "Les spécialistes" de
Patrice Leconte dans lequel il avait déjà tourné. Calmé, posé,
l'acteur qui sait tour à tour jouer le naïf, la brute ou l'homme
fragile, apparait plus séduisant que jamais.
Dans
vos premiers films, vous jouiez souvent des écorchés vifs.
Cela correspondait-il çà votre sensibilité d'alors ?
Gérard
Lanvin : à cette époque, j 'étais plus fragile.
Ancien forain, j'avais passé quelques années sur les marchés
avec des mecs gentils, avec mon camion, en gagnant très bien
ma vie, en étant mon propre patron. C'était magnifique. Puis
le café-théâtre m'est tombé dessus par hasard et j'ai été
parachuté dans un système très dur, où j'ai rencontré de la
jalousie, de la méchanceté, de l'intolérance, toutes sortes
de choses auxquelles il a fallu s'habituer.
Jusqu'au
moment ou j'ai compris que ce n'était pas important et que
les gens qui passent pour les têtes pensantes du cinéma français
ne sont pas sérieux. Une fois que vous avez compris cela,
vous vous sentez libre et si vous continuez à travailler,
il y aura toujours un metteur en scène pour le remarquer,
vous appeler et vous dire "Moi, je t'aime bien comme tu es,
continue à être ce que tu es parce que c'est ça dont on a
besoin".
C'est ce qui se passe aujourd'hui : passé la cinquantaine,
on connaît à peu près votre caractère, qu'il soit bon ou mauvais,
et vos dispositions. J'ai eu le bonheur de rencontrer des
individus, des rôles et des personnages et de ne pas toujours
faire la même chose. J'ai eu beaucoup de chance en etreme
de carrière professionnelle. Aujourd'hui, je suis dans
une phase ou les choses sont beaucoup plus calmes, ou je ne
ressens plus que du plaisir. Je n'ai plus rien à prouver.
Qu'est
ce qui vous attirait le plus dans le script du "Boulet"
?
Gérard
Lanvin : le côté comédie d'aventures, l'envie de tourner
un film de tandem comme vous n'en aviez plus fait depuis Marche
à l'ombre, de travailler avec Benoit Poelvoordepour
qui j'ai une affection particulière. Je n'ai jamais refusé
la tradition du film populaire français, de la comédie qui
n'a d'autres but que de vous distraire. J'ai aussi pour Benoit
une profonde admiration, qui remonte à "C'est arrivé
près de chez vous". J'avais envie de le rencontrer
et de travailler avec lui. Quand Thomas Lagnmann m'a proposé
l'idée du Boulet, j'ai tout de suite sauté sur l'occasion.
Benoit a accepté, l'affaire s'est faite, nous nous sommes
rencontrés et sommes devenus très proches.
Nous
avons organisé des séances de travail avec Alain Berberian
qui nous ont permis de nous approprier nos personnages, de
caler nos rapports. On s'est tellement vus avant que tout
était possible après. On était pleinement concentrés sur nos
personnages et le duo, de sorte que Moltès et Reggio sont
devenus un couple, comme dans la vie. La première confrontation,
dans la cellule, cerne d'emblées leurs personnalités. Autre
scène-clé, dans une tonalité toute différente : celle ou Reggio
raconte son rêve à Moltès et finit par le faire craquer..
Si
on isolait de leur contexte les plans de Moltès, on pourrait
même croire qu'il évolue dans un film dramatique...
Gérard Lanvin : effectivement, mais il y a aussi
un comique de situation auquel il faut faire adhérer le spectateur
par une approche simple, authentique. Je vois dans la nouvelle
génération des gens qui ont tendance à en faire beaucoup,
à coups de bouches ouvertes et de gros yeux. Je suis d'une
école un peu plus traditionnelle, et reste convaincu qu'il
faut être à l'écoute de l'autre et se mettre à sa hauteur.
"Le boulet" a deux réalisateurs. Comment
avez vous géré cette situation inhabituelle?
Gérard
Lanvin : Alain Berberian est davantage attaché
à la comédie classique pure et dure, du champ-contre-champ,
des choses qui sont nécessaires à la comédie car il faut être
avec les personnages. Frédéric Forestier, jeune metteur en
scène formé à l'école du public, s'est vu confier tout le
début du film, très speed avec une débauche de cascades et
d'effets spéciaux - des scènes auxquelles tenait Thomas Langmann
pour donner aux spectateurs du grand spectacle. Frédéric était
plus à même de réaliser ce genre de scènes et en avait
plus envie qu'Alain. Après la partie marocaine, Alain est
donc parti en montage, ce qui nous a permis de tourner la
partie parisienne ainsi que la bagarre finale avec Frédéric.
C'est
un grand luxe d'avoir eu deux metteurs en scène qui se comprenaient,
s'estimaient et travaillaient en harmonie. Il n'y a eu pour
nous comédiens aucune complication.
Thomas
Langmann, fils de Claude Berri, est également un producteur
omniprésent ...
Gérard
Lanvin : nous avons également eu un dialogue suivi avec
un producteur et co-auteur présents en permanence sur le tournage.
Nous avons longtemps manqué de vrais producteurs. J'ai de
la sympathie pour Thomas, je vois en lui un producteur à l'américaine,
dont la folie nous encouragera peut-être à miser sur des projets
financièrement ambitieux. Thomas est un homme qui connaît
les acteurs et sait les mettre en valeur. Il est aussi un
gamin fou de cinéma, avec des envies délirantes. A a lecture
du scnéraio du "Boulet", nous nous
sommes demandés comment ils pourraient tourner la scène
de la grande roue.
Parfois
nous devions le canaliser un petit peu, le convaincre d'améliorer
les rapports de tchatche entre les personnages. Mais ,pour
tout le reste, il a été le producteur qu'il fallait pour ce
film-là. Il fait partie de cette nouvelle génération qui n'a
peur de rien, qui va au bout de ses intentions, avec les risques
que ça implique.
Votre
filmographie comporte assez peu de comédies pures ...
Gérard
Lanvin : je passe sans souci d'un genre à l'autre, je
ne refuse pas un film d'action si j'y ai ma place. "Le
boulet" sera sans doute un des derniers films du
genre que je peux envisager de faire .mais j'ai encore la
pêche pour ça parce que ce n'est pas de l'action pure.
J'ai
un grand plaisir à travailler en duo parce que j'éprouve une
réelle fascination, une attirance profonde pour les acteurs.
Je suis très heureux et très fier de travailler avec des comédiens
que j'estime être des pointures comme Benoit (Poelvoorde -
NDLR), Michel Blanc, Victoria Abril etc.
Quant
aux films de groupe, je serais comblé de retrouver tous les
deux ans Bacri et Jaoui sur un projet comme "Le goût
des autres".
Après
une carrière comme la vôtre, quelles sont vos
envies, vos motivations ?
Gérard
Lanvin : mon moteur s'est d'envisager les autres, de faire
des rencontres avec des acteurs. J'ai très envie, par exemple,
de jouer avec Fabrice Lucchini. Mais personne n'a pris deux
minutes pour nous écouter à part mon agent, François Samuelson
avec qui je suis en contact permanent pour gérer ce parcours
que nous faisons ensemble et à qui je dis merci au passage.
J'ai
donc d'abord envie de partager une histoire avec des gens.
Si le casting me plait et le scénario bien écrit,
je fonce. Le côté humain de la chose est primordial.
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