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Le Boulet
Interview José Garcia
Interview Gérard Lanvin
Interview Benoit Poelvoorde

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Entrevue exclusive

Interview Gérard Lanvin

Le bouletDoux, dur et dingue. Gérard Lanvin est tout cela à la fois. Capable de donner une bonne droite dans la figure comme porter en plein désert son Boulet (Benoit Poelvoorde). Un homme sans concession et généreux. Simple, bien loin du star-system.

Car Lanvin fonctionne au coup de coeur. Cette même sincérité qui l'a pousser à accepter de jouer dans Le Boulet, comédie qui n'est pas sans rappeler "Les spécialistes" de Patrice Leconte dans lequel il avait déjà tourné. Calmé, posé, l'acteur qui sait tour à tour jouer le naïf, la brute ou l'homme fragile, apparait plus séduisant que jamais.


Dans vos premiers films, vous jouiez souvent des écorchés vifs. Cela correspondait-il çà votre sensibilité d'alors ?

Le bouletGérard Lanvin : à cette époque, j 'étais plus fragile. Ancien forain, j'avais passé quelques années sur les marchés avec des mecs gentils, avec mon camion, en gagnant très bien ma vie, en étant mon propre patron. C'était magnifique. Puis le café-théâtre m'est tombé dessus par hasard et j'ai été parachuté dans un système très dur, où j'ai rencontré de la jalousie, de la méchanceté, de l'intolérance, toutes sortes de choses auxquelles il a fallu s'habituer.

Jusqu'au moment ou j'ai compris que ce n'était pas important et que les gens qui passent pour les têtes pensantes du cinéma français ne sont pas sérieux. Une fois que vous avez compris cela, vous vous sentez libre et si vous continuez à travailler, il y aura toujours un metteur en scène pour le remarquer, vous appeler et vous dire "Moi, je t'aime bien comme tu es, continue à être ce que tu es parce que c'est ça dont on a besoin".

C'est ce qui se passe aujourd'hui : passé la cinquantaine, on connaît à peu près votre caractère, qu'il soit bon ou mauvais, et vos dispositions. J'ai eu le bonheur de rencontrer des individus, des rôles et des personnages et de ne pas toujours faire la même chose. J'ai eu beaucoup de chance en etreme de carrière professionnelle. Aujourd'hui, je suis dans une phase ou les choses sont beaucoup plus calmes, ou je ne ressens plus que du plaisir. Je n'ai plus rien à prouver.

Qu'est ce qui vous attirait le plus dans le script du "Boulet" ?

Le bouletGérard Lanvin : le côté comédie d'aventures, l'envie de tourner un film de tandem comme vous n'en aviez plus fait depuis Marche à l'ombre, de travailler avec Benoit Poelvoordepour qui j'ai une affection particulière. Je n'ai jamais refusé la tradition du film populaire français, de la comédie qui n'a d'autres but que de vous distraire. J'ai aussi pour Benoit une profonde admiration, qui remonte à "C'est arrivé près de chez vous". J'avais envie de le rencontrer et de travailler avec lui. Quand Thomas Lagnmann m'a proposé l'idée du Boulet, j'ai tout de suite sauté sur l'occasion. Benoit a accepté, l'affaire s'est faite, nous nous sommes rencontrés et sommes devenus très proches.

Nous avons organisé des séances de travail avec Alain Berberian qui nous ont permis de nous approprier nos personnages, de caler nos rapports. On s'est tellement vus avant que tout était possible après. On était pleinement concentrés sur nos personnages et le duo, de sorte que Moltès et Reggio sont devenus un couple, comme dans la vie. La première confrontation, dans la cellule, cerne d'emblées leurs personnalités. Autre scène-clé, dans une tonalité toute différente : celle ou Reggio raconte son rêve à Moltès et finit par le faire craquer..

Si on isolait de leur contexte les plans de Moltès, on pourrait même croire qu'il évolue dans un film dramatique...

Gérard Lanvin : effectivement, mais il y a aussi un comique de situation auquel il faut faire adhérer le spectateur par une approche simple, authentique. Je vois dans la nouvelle génération des gens qui ont tendance à en faire beaucoup, à coups de bouches ouvertes et de gros yeux. Je suis d'une école un peu plus traditionnelle, et reste convaincu qu'il faut être à l'écoute de l'autre et se mettre à sa hauteur.

"Le boulet" a deux réalisateurs. Comment avez vous géré cette situation inhabituelle?

Le bouletGérard Lanvin : Alain Berberian est davantage attaché à la comédie classique pure et dure, du champ-contre-champ, des choses qui sont nécessaires à la comédie car il faut être avec les personnages. Frédéric Forestier, jeune metteur en scène formé à l'école du public, s'est vu confier tout le début du film, très speed avec une débauche de cascades et d'effets spéciaux - des scènes auxquelles tenait Thomas Langmann pour donner aux spectateurs du grand spectacle. Frédéric était plus à même de réaliser ce genre de scènes et en avait plus envie qu'Alain. Après la partie marocaine, Alain est donc parti en montage, ce qui nous a permis de tourner la partie parisienne ainsi que la bagarre finale avec Frédéric. C'est un grand luxe d'avoir eu deux metteurs en scène qui se comprenaient, s'estimaient et travaillaient en harmonie. Il n'y a eu pour nous comédiens aucune complication.

Thomas Langmann, fils de Claude Berri, est également un producteur omniprésent ...

Le bouletGérard Lanvin : nous avons également eu un dialogue suivi avec un producteur et co-auteur présents en permanence sur le tournage. Nous avons longtemps manqué de vrais producteurs. J'ai de la sympathie pour Thomas, je vois en lui un producteur à l'américaine, dont la folie nous encouragera peut-être à miser sur des projets financièrement ambitieux. Thomas est un homme qui connaît les acteurs et sait les mettre en valeur. Il est aussi un gamin fou de cinéma, avec des envies délirantes. A a lecture du scnéraio du "Boulet", nous nous sommes demandés comment ils pourraient tourner la scène de la grande roue.

Parfois nous devions le canaliser un petit peu, le convaincre d'améliorer les rapports de tchatche entre les personnages. Mais ,pour tout le reste, il a été le producteur qu'il fallait pour ce film-là. Il fait partie de cette nouvelle génération qui n'a peur de rien, qui va au bout de ses intentions, avec les risques que ça implique.

Votre filmographie comporte assez peu de comédies pures ...

Le bouletGérard Lanvin : je passe sans souci d'un genre à l'autre, je ne refuse pas un film d'action si j'y ai ma place. "Le boulet" sera sans doute un des derniers films du genre que je peux envisager de faire .mais j'ai encore la pêche pour ça parce que ce n'est pas de l'action pure.

J'ai un grand plaisir à travailler en duo parce que j'éprouve une réelle fascination, une attirance profonde pour les acteurs. Je suis très heureux et très fier de travailler avec des comédiens que j'estime être des pointures comme Benoit (Poelvoorde - NDLR), Michel Blanc, Victoria Abril etc.

Quant aux films de groupe, je serais comblé de retrouver tous les deux ans Bacri et Jaoui sur un projet comme "Le goût des autres".

Après une carrière comme la vôtre, quelles sont vos envies, vos motivations ?

Le bouletGérard Lanvin : mon moteur s'est d'envisager les autres, de faire des rencontres avec des acteurs. J'ai très envie, par exemple, de jouer avec Fabrice Lucchini. Mais personne n'a pris deux minutes pour nous écouter à part mon agent, François Samuelson avec qui je suis en contact permanent pour gérer ce parcours que nous faisons ensemble et à qui je dis merci au passage.

J'ai donc d'abord envie de partager une histoire avec des gens. Si le casting me plait et le scénario bien écrit, je fonce. Le côté humain de la chose est primordial.

 
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