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Festival de Cannes 2002
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Palmarès

26 maimai

Europa, Europa

La victoire de l'Europe du Nord et de l'Est

Le pianisteLe 55e festival de Cannes s'est clos dimanche soir sur un triomphe de l'Europe, qu'elle soit occidentale, de l'est ou du nord, mais la Palme d'or est venue récompenser un cinéaste faisant partie de l'histoire du septième Art mais dont la dernière production ne présente aucun caractère exceptionnel.

Vingt-six ans après avoir présenté "Le locataire" en compétition, Roman Polanski a décroché la récompense suprême avec "Le pianiste", tandis qu'Aki Kaurismäki repartait avec le Grand Prix, avec apparemment la plus parfaite indifférence bougonne. Le cinéaste finlandais a permis de surcroît à son actrice Kati Outinen, qui était déjà dans "Au loin s'en vont les nuages" (Cannes, 1996), de recevoir le Prix d'interprétation féminine, l'équivalent masculin de cette distinction revenant à Olivier Gourmet, pour sa prestation de maître menuisier dans "Le Fils", des Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne. Comme il l'avait fait vendredi dernier, Polanski a rendu hommage à l'ensemble des figurants qui ont joué la population du ghetto de Varsovie, voyant en eux non de simples silhouettes mais bien des acteurs à part entière. "C'est un grand honneur de représenter la Pologne dans ce festival. C'est un film très important pour les Polonais. Il ne pouvait être fait que de la façon dont il a été présenté, et ce grâce à un engagement incroyable, en particulier des figurants", a déclaré Roman Polanski, durant la conférence de presse qui a suivi le palmarès. "Pour représenter le ghetto tel qu'il était, il me fallait beaucoup de monde. J'avais déjà vu des films sur cette période et j'étais frappé par le fait qu'on n'y voyait jamais grand monde dans les rues, alors que moi au contraire, je me souvenais qu'il y avait foule. J'avais donc besoin de tout ce monde et tout le monde a fait corps avec moi".

Les choix des festivaliers

Le pianiste"Le Pianiste" donne surtout l'occasion au comédien Adrien Brody de briller, même s'il repartira sans prix, dans le rôle d'un célèbre pianiste polonais qui parviendra à survivre à l'écrasement de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Le jury a couronné un long métrage qui témoigne seulement du savoir-faire de son réalisateur, mais on est loin de certaines oeuvres précédentes, qui révélaient bien plus que cela. Il n'y a dans "Le pianiste" rien qui intrigue l'oeil, pas de recherches particulières, ni l'incongruité, l'extravagance et l'étrangeté de "Cul-de-sac", du "Bal des vampires" ou de "Rosemary's Baby", ni l'étude plastique de "Tess". Raconter cette histoire tenait à coeur à Polanski, et ce depuis longtemps, mais le réalisateur a considérablement plus investi dans le fond que dans la forme, alors que le festival se voulait cette année d'une exigence esthétique élevée.

L'homme sans passé En définitive, hormis la principale récompense, le palmarès aura distingué peu ou prou les choix des festivaliers, dans une sélection où le choix des récompenses apparaissait plus que jamais ouvert. La double récompense d'Aki Kaurismäki apparaît largement méritée. "L'homme sans passé" s'était attiré tous les suffrages, que ce soit de la presse ou du public. Le jury en a tenu compte à sa manière. "Le Fils" est l'aboutissement de la manière épurée des frères Dardenne. En cela, il possède peut-être encore plus de puissance que "Rosetta". Mais ce dernier avait emporté en 1999 la Palme d'or et le Prix d'interprétation féminine. "Le Fils" doit se contenter de l'honneur échu à Olivier Gourmet, dont la performance, un terme qu'il rejette, est parfaitement à l'unisson de la manière des cinéastes, ce qui en fait toute la force et la profondeur.

Les oubliés

Bowling for ColumbineAvec le Prix de la mise en scène décerné au vétéran coréen Im-Kwon-taek, pour "Ivre de femmes et de peinture", l'Asie ne repart pas bredouille mais le triomphe de 2000 est loin. Ce prix est partagé avec l'Américain Paul-Thomas Anderson et son "Punch-Drunk Love". Les Etats-Unis repartent avec un prix spécialement créé pour les 55 ans du festival, qui échoît à Michael Moore pour son documentaire "Bowling for Columbine". On peut s'interroger sur la pertinence d'intercaler un documentaire dans une compétition entre films de fiction. Mais ce prix de circonstance permet d'évacuer habilement toute polémique. L'"Intervention divine" d'Elia Suleïman avait été trop remarquée pour ne pas être honorée.

Même si le prix (Prix du Jury) est d'importance secondaire et ne rend pas assez justice à la grande originalité du film, on peut considérer qu'il représente une réelle victoire pour les Palestiniens. Restent les oubliés. Au premier rang David Cronenberg, dont le "Spider" était tellement âpre que même ses qualités formelles ont été complètement ignorées par le jury. La magnifique fresque d'Alexandre Sokourov, "L'Arche russe", a dû paraître trop abstraite ou a peut-être été interprétée comme une performance technique seulement, alors qu'elle est loin de n'être que cela. Comme il arrive souvent, la délégation française repart bredouille.

On ne peut pas dire qu'"Irréversible" quitte Cannes totalement à vide mais il s'y est fait une réputation épouvantable. Les trois autres entrées françaises (Nicole Garcia, Robert Guédiguian, Olivier Assayas) n'ont reçu qu'un accueil d'indifférence polie. C'est un fait: il est rare que le cinéma français se distingue à Cannes. Doit-on y voir une incompréhension extérieure vis-à-vis d'un cinéma qui chez lui se veut dynamique, original et audacieux ?

Le palmarès

Le pianiste de Roman Polanski

Palme d'Or


The Pianist, de Roman Polanski

Grand Prix
L'Homme sans passé, de Aki Kaurismaki

Prix d'Interprétation Féminine
Kati Outinen pour L'Homme sans passé, de Aki Kaurismaki

Prix d'Interprétation Masculine
Olivier Gourmet pour Le Fils, de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Prix de la Mise en Scène (ex-aequo)
Punch-Drunk Love, de Paul Thomas Anderson
Chihwaseon (Ivre de femmes et de peinture) de Im Kwonk-taek

Prix du Scénario
Sweet Sixteen, de Ken Loach

Prix du Jury
Intervention Divine, de Elia Suleiman

Prix du 55e Festival de Cannes
Bowling for Columbine, de Michael Moore

Caméra d'Or
Bord de mer, de Julie Lopes-Curval

Mention spéciale de la Caméra d'Or
Japon, de Carlos Raygadas

Palme d'Or du Court Métrage
Eso Utan, de Peter Meszaros

Prix du Jury du Court Métrage (ex-aequo)
The Stone of Folly, de Jesse Rosensweet
A Very Very Silent Film, de Manish Sha

Semaine de la Critique
- Grand Prix du meilleur long métrage
Respiro d'Emanuel Crialese, Italie

 

 
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