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LES
SECRETS DU VOYAGE DE CHIHIRO
Dans
le courant de l'année 1997, au moment où la production de Princesse
Mononoké fit rage, atteignant des sommets d'intensité, Hayao Miyazaki
succomba à une asthénie physique et morale. Les forces du réalisateur
déclinaient. Mais, le cinéaste ne pouvait pas abandonner le combat
qu'il était en train de mener.
Le
studio Ghibli jouait alorsson avenir financier
à chaque métrage, Miyazaki fut contraint de vaincre la maladie et
d'exploser le box-office pour assurer la pérennité de son studio.
Au terme de cette épreuve herculéenne, il déclara que le glas de
sa carrière venait de sonner. A cette époque, Princesse Mononoké
talonnait le Titanic au box-office japonais.
Pourtant,
il y a trois ans, Miyazaki décida de sortir de sa retraite et de
remettre sa santé en danger pour réaliser Le
Voyage de Chihiro (Sen to Chihiro no Kamikakushi *1).
L'histoire
lui donne raison, car le vieux maître a reconquis le box-office
nippon en séduisant grâce à son dernier film un nombre de spectateurs
plus important que Titanic en deux fois moins de temps.
PLUSIEURS
MOUTURES ET CHANGEMENTS DE CAP
Le
film était à la base très pessimiste. Sa création
fut très difficile.
Hayao
Miyazaki eu envie de réaliser un film à l'opposé de Princesse Mononoké.
Le réalisateur désirait traiter un sujet important mais plus
léger afin de finir sa carrière sur une note plus positive, plus
allègre.
Avant
que le début de la production de Princesse Mononoké, Miyazaki s'était
passionné pour un livre pour enfants de Sachiko Kashiwaba publié
en 1980 : Kirino Mukouno Fushigina Machi (Un village mystérieux
par delà la brume).
Miyazaki
a donc soumis l'idée de porter le livre à l'écran, afin d'explorer
ses thèmes et comprendre la fascination qu'il exerce sur le jeune
public. Mais, le film a été refusé.
Après
cela, le réalisateur de Princesse Mononoké a proposé
un autre concept plus contemporain, Rin et le peintre de cheminée,
qui était en plus doté d'un personnage dynamique et moins complexe.
L'histoire
se déroulait également dans un établissement de bains ayant été
miraculeusement épargné par le tremblement de terre de Tokyo. S'élevant
au milieu des gravats, le bâtiment avait cependant besoin de réfections.
Une jeune étudiante venant d'Osaka était admise à y séjourner à
condition de repeindre la cheminée du Yuya. Ce projet d'adaptation
fut lui aussi rejeté.
Miyazaki
ne se découraga pas pour autant. Il gribouilla le synopsis
d'un film inspiré de Rin et le peintre de cheminée mettant cette
fois-ci en scène une petite fille et deux horribles méchants, le
premier étant inspiré par notre producteur, monsieur Suzuki, le
second par moi-même.
Bizarrement,
ce projet-ci fit immédiatement l'unanimité au sein du studio.
UN
TRIOMPHE HISTORIQUE
Long-métrage
de 122 minutes, Le Voyage de Chihiro coûta 120 millions de francs,
un budget colossal pour un film d'animation nippon, même s'il reste
cinq fois moins élevé que le financement moyen d'un dessin animé
estampillé Disney.
Cela
n'a pas empêché Le Voyage de Chihiro de devenir un triomphe sans
précédent. Avant même son exploitation aux USA et sur le sol européen,
le long-métrage d'Hayao Miyazaki s'est imposé comme le premier film
non-américain de l'histoire ayant rapporté plus de 200 millions
de dollars au box-office mondial.
La
France est le premier pays occidental qui offre à cette ouvre déjà
mythique une diffusion d'envergure.
L'incroyable
succès du Voyage de Chihiro peut s'expliquer de diverses façons.
La popularité de Hayao Miyazaki et de son dernier film, Princesse
Mononoké sont des éléments à prendre en compte. Mais, Le Voyage
de Chihiro est avant tout un film d'aventures différent, qui tient
en haleine sans recourir à la violence, ni à des tonnes d'actions,
ni à l'humour tout court, pas plus qu'à des effets spéciaux spectaculaires
ou à des propos outranciers.
La
petite Chihiro y fait la découverte de vertus comme l'amitié, la
rigueur et de la discipline. Mais l'objet du film n'est pas pour
autant de donner des leçons. Il tente de faire prendre confiance
aux enfants, tout en leur disant qu'il est nécessaire de se forger
un nom. Ce mélange d'actualité, de réflexion et de fantaisie est
très peu fréquent au cinéma. Grâce au savant dosage qu'a réalisé
Hayao Miyazaki, le public s'est passionné pour Le
Voyage de Chihiro car il est conscient dès les premières minutes
d'assister à un spectacle rare.
ANALOGIQUE ET NUMERIQUE
Pour
Le Voyage de Chihiro, le studio Ghibli a employé une technique de
traitement digital de l'image identique à celle qui fut pour la
première fois usitée sur le précédent long-métrage du studio, Mes
voisins les Yamadas (Isao Takahata). Mais, chez Ghibli, à l'inverse
de chez Pixar
("Toy Story 1 et 2", "Monstres
et compagnie"), il ne s'agit pas de réaliser un film
exclusivement grâce à l'ordinateur.
Tous
les dessins, les personnages et les décors sont d'abord peints à
la main pour ensuite être scannés et digitalisés.
Seuls
la finition, l'animation et le choix des couleurs définitives sont
traités numériquement. A cette occasion, Ghibli a créé le poste
de "réalisateur de l'image numérique", qui échut à Okui
Atsushi, dont le rôle a été de digitaliser les travaux fournis par
chaque département du studio en leur ajoutant les mouvements de
caméra et les effets spéciaux visibles à l'écran.
La
numérisation des dessins a complètement changé les habitudes des
dessinateurs. A l'époque où ces derniers travaillaient encore sur
celluloïd, il était difficile d'ajouter beaucoup d'effets sur les
images. Grâce aux procédés digitaux, on peut désormais modifier
les dessins originaux sans crainte, les erreurs pouvant facilement
s'effacer. La phase essentielle de ce processus est le scannage
des croquis.
Le
but du studio n'était pas de créer un film en images de synthèse,
mais d'améliorer la qualité de l'animation tout en obtenant la meilleure
harmonie entre images peintes à la main et "Computer Graphic".
La technique employée est particulièrement efficace pour régler
la clarté d'une seule partie d'un plan ou pour produire des effets
dynamiques en isolant le mouvement d'un personnage.
L'
objectif n'étant pas de faire disparaître le dessin à la
main, qui possède une texture incomparable, mais d'utiliser tous
les outils susceptibles d'augmenter sa richesse visuelle. En fait,
seulement quelques plans et effets spéciaux du film furent intégralement
élaborés grâce à l'informatique, l'idée d'Hayao
Miyazaki étant de tirer le meilleur parti du mariage entre techniques
modernes et traditionnelles.
Par
exemple, la fumée et la brume, initialement peintes analogiquement
furent améliorées digitalement. Par contre, la statuette de l'homme
de pierre (qui représente le Dieu du voyage) aperçue au début du
film fut entièrement conçue en 3D. De même, la plupart des plans
aquatiques (notamment ceux de la baignoire qui déborde en présence
du Dieu de la rivière) ainsi que ceux montrant l'ouverture de la
porte de la maison de Zeniba sont en "full digital".
Dans
ces conditions il se pose plusieurs problèmes d'uniformité, pour
les couleurs notamment.
En
fonction du réglage du moniteur de l'ordinateur les couleurs n'ont
plus le même aspect.
Pour résoudre cette difficulté, Okui Atsushi a mis au point le "color
management system", qui se chargea d'opérer automatiquement
la vérification de la majorité des couleurs modifiées par voie informatique.
Pour
les films précédents du studio, la phase d'intégration des effets
spéciaux consistait simplement en un cycle de retouches. Avec l'apport
du numérique il s'agit maintenant d'une phase de création à part
entière qui est beaucoup plus stimulante.
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