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HAYAO
MIYAZAKI - LE DERNIER EMPEREUR
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Voir également le filmographie
et la revue de presse de Hayao Miyazaki
Depuis
vingt ans, Hayao Miyazaki est l'un des plus éminents représentants
du cinéma d'animation nippon. Il en est l'un des premiers résistants
et des plus grands créateurs.
A
la fois Producteur, dessinateur, réalisateur, graphiste, scénariste,
Hayao Miyazaki est plus qu'un homme orchestre, c'est un des artistes
les plus brillants de sa génération.
Comme
en atteste l'étude de sa filmographie, qui révèle une unité sidérante
malgré une production immense et variée, l'homme ne triche jamais.
Cette honnêteté se présente aujourd'hui comme la clé de son succès.
En 39 ans de carrière, Hayao Miyazaki a abordé tous les thèmes,
parcouru tous les tons et presque tous les registres. Tour à tour
satirique, épique, élégiaque, se déplaçant allégrement de la fresque
au tableau de genre, il a exprimé avec une simplicité exemplaire
les grands lieux communs du sentiment, il s'est livré aux mouvements
lyriques de l'âme, il s'est abandonné aux jeux de la fantaisie charmante...
Son
abnégation, sa rigueur, son amour du travail l'ont amené à développer
sa perception et ses qualités de cinéaste jusqu'aux limites de ses
ressources physiques. A l'instar de Van Gogh, son génie a altéré
sa santé, mais, contrairement au peintre hollandais, le réalisateur
japonais a su conserver sa lucidité, comme en atteste "Le
Voyage de Chihiro". Hayao Miyazaki est un véritable
artisan n'ayant jamais sacrifié à l'art pour l'art.
UN
CARACTERE BIEN TREMPE
Hayao
Miyazaki est né en 1941. Il fut le second enfant d'une famille en
comptant quatre. Ses parents quittèrent Tokyo pour échapper aux
bombardements américains. Ils s'installèrent à Utsunomiya, une ville
située à une centaine de kilomètres de la capitale. Ainsi, Miyazaki
grandit dans un pays se relevant difficilement des conséquences
du conflit mondial.
Bien
qu'il s'en défende, cette période de sa vie le marqua considérablement.
L'enfance rurale du jeune Hayao influença une partie de son ouvre,
notamment "Mon Voisin Totoro". Il faut ainsi préciser
que si la maman dans le film "Mon Voisin Totoro"
est malade, celle de Miyazaki fut atteinte par la tuberculose osseuse.
On
peut penser que l'image de cette femme courageuse s'est un peu superposée
sur les peintures des héroïnes adultes que le réalisateur a mis
en scène. Son père, quant à lui, était directeur de la firme familiale
Miyazaki Airplane. Plus tard, dans ces films, Hayao Miyazaki laissera
s'exprimer sa passion dévorante pour l'aéronautique et les grandes
envolées lyriques.
D'autre
part, admirateur des bandes dessinées d'Osamu Tezuka, le Dieu et
le père des mangas modernes, Miyazaki avoue qu'il n'est jamais parvenu
à se débarrasser totalement de l'influence que les bédés du maître
exercèrent sur lui, même s'il est beaucoup plus critique vis à vis
du travail d'Osamu Tezuka dans le domaine de l'animation. A l'école
buissonnière Miyazaki vit sa première histoire d'amour avec le cinéma
en 1958, suite à une projection du "Serpent Blanc" ("Hakujaden"),
le premier long métrage d'animation nippon en couleur. Il vise alors
à faire du dessin sa profession.
Pourtant,
il entre à l'université de Gakushuin, où il entreprend des études
de sciences économiques, les plus à même de lui offrir, quatre ans
durant, le loisir de perfectionner son coup de crayon. Durant cette
période, il s'intéresse aux thèses marxistes.
En
1963, il travaille chez Toeï animation et participe aux travaux
d'un cercle d'étude sur la littérature enfantine.
Il
est ainsi un des rares réalisateurs de films d'animation japonais
qui n'ait pas été formé à l'école de la bande dessinée. Son acharnement
créatif et le volume de travail qu'il abat le distinguèrent rapidement
des autres animateurs du studio.
Pourtant,
il commença au bas de l'échelle, étant payé à l'intervalle sur le
film "Le Trésor des Loyaux Serviteurs Canins",
une relecture fantastique du célèbre conte des "47 Rônins", récit
ayant inspiré un nombre incalculable de films d'action au Japon.
En
1964, il participe à la série "Ken, l'enfant Loup"
(première série produite par la Toeï) où il rencontre Isao Takahata
(son partenaire) et Yasuo Otsuka (son mentor). Parallèlement, le
travail sur les séries télévisées, au détriment des longs-métrages,
suscita de graves conflits entre les animateurs et la direction
de la Toeï. L'opiniâtreté, les convictions et la force de caractère
de Miyazaki, l'incite en 1964, à l'âge de 23 ans, à devenir membre
du syndicat des studios. A cette occasion, il resserre les liens
l'unissant à Takahata et Otsuka.
I
HAVE A DREAM ...
Miyazaki
a toujours souhaité réaliser un film dont le style et l'intrigue
laisseraient de côté les enfantillages pour construire un scénario
complexe, cohérent, capable de divertir toutes les générations.
En 1965, il rejoint donc un projet monté par Takahata et Otsuka.
Malgré l'hostilité grandissante des patrons de la Toeï, "Les
aventures de Hols, Fils du Soleil", s'animent pendant l'été
1968. Première grosse production animée nippone "indépendante" (c'est
à dire conçue par des artistes, non pas des producteurs), cette
ouvre clairvoyante et avisée, dont Miyazaki est le concepteur et
l'animateur-clé, obtint un vrai écho auprès des critiques. Ayant
l'effet d'un électrochoc sur les professionnels de l'animation,
la sortie en 1968 du film annonça rien de moins que l'entrée du
média dans l'ère moderne. Un destin se dessinait alors.
UNE
BIEN BELLE TRANSITION
Après
ce coup d'éclat, et le départ forcé d'Otsuka pour le studio concurrent,
A Production (1969), Miyazaki choisit de démissionner de la Toeï.
En 1971, le trio Miyazaki, Otsuka, Takahata fut reformé. Mais, leur
projet d'adapter l'univers de Fifi Brindacier, d'Astrid Lindgren,
ne put voir le jour pour cause de refus de l'auteur. Néanmoins,
c'est en se basant sur leurs travaux préparatoires que les deux
hommes se libèrent du créneau castrateur des films de commande pour
laisser courir leur imagination dans les deux courts métrages de
Panda Kopanda (1972/1973).
SERIE
CLUB
Considérés
comme des aventuriers du celluloïd, Miyazaki et Takahata se lancent
ensuite dans un travail de longue haleine pour le compte de la société
Nippon Animation. Avec, Heidi, ils initient le principe des célèbres
séries télés regroupées sous la bannière des "Ouvres classiques
du Monde entier", un cycle d'adaptations animées des grands romans
de la littérature enfantine.
En
dépit du triomphe rencontré, Miyazaki, qui fut chargé de la conception
scénique, déclara qu'il aurait préféré avoir la possibilité financière
de refuser cet engagement.
Pourtant,
c'est au cours de cette période, en 1978, qu'il réalise enfin son
premier dessin animé pour la télévision : "Conan, Le Fils
du Futur". A cette occasion, Miyazaki pose les bases de
son style, ébauche ses thèmes et dévoile ses passions, romanesques
notamment. Malgré le format imposé à sa création, il réalise une
série d'un très haut niveau technique. On sent poindre l'amorce
d'une carrière hors norme.
MIYASAKI
FAIT SON CINEMA
L'année suivante, Miyazaki doit monter les meilleurs passages de
sa série pour une exploitation au cinéma. Le film de Conan le Fils
du Futur devait être son premier long-métrage comme réalisateur.
Toutefois, Miyazaki refuse de reconnaître sa progéniture. En effet,
il estime que les quelques scènes inédites, rajoutées pour pimenter
l'ouvre originale, n'ont pas permis d'annihiler la censure exercée
par la production sur son scénario. Quittant alors la Nippon Animation
pour le studio Telecom Animation Film, Miyazaki et Takahata enchaînent
immédiatement sur un autre film. Ce dernier décline les aventures
rocambolesques, romantiques et oniriques, d'un personnage qu'ils
avaient déjà animé pour la télévision (71/72), "Lupin III",
l'héritier frappadingue du gentleman-cambrioleur inventé par Maurice
Leblanc.
En
tant que metteur en scène, Miyazaki signe ici son premier chef-d'ouvre,
tout en rendant un très bel hommage à La Bergère et le Ramoneur
de Paul Grimault. Initialement, le projet du Château de Cagliostro
est né d'un défi insensé. Avec son mentor, Yasuo Otsuka, qui était
déjà très impliqué dans le développement des différentes séries
de Lupin III, Miyazaki décida de réaliser dans des délais extrêmement
restreints (une poignée de mois seulement) un film d'animation de
90 minutes. Si on considère les ambitions sémantiques, esthétiques
et techniques du projet, jamais un tel exploit n'a été (et ne sera
plus) accompli. Miyazaki et sa bande se lancent donc à corps perdu
dans un marathon dont ils sortent exténués (déjà) mais victorieux.
Dans
"le Château de Cagliostro", Hayao Miyazaki réinvente
le personnage de la Nausicaä mythologique, dont Clarisse est un
superbe sosie. En effet, mieux encore que le personnage homonyme
qui fera la renommée de Miyazaki en 1984, Clarisse incarne la figure
légendaire de l'Odyssée d'Homère. Comme son alter ego, elle est
une princesse vivant "séquestrée" sur une île et elle sauve Ulysse,
dont le Lupin de Miyazaki est le clone déjanté. Comme son illustre
modèle, Lupin devient donc sous le crayon du maître un homme multiple
mais attachant. Stratège rusé, habile et prudent, il incarne l'endurance,
l'union de l'audace et de la circonspection, la fidélité, la chasteté
et le triomphe de l'intelligence sur la force. Au final,"le
Château de Cagliostro" est la forteresse où le génie de
Miyazaki s'est construit.
Certains
producteurs américains lui firent alors entendre le chant de leurs
séduisantes sirènes, mais Miyazaki demeura hermétique à leur charme,
avouant être dégoûté par leur futilité et leur manque de rigueur.
S'annonce donc une période de transition au cours de laquelle Miyazaki
met en scène quelques fabuleux épisodes pour les séries télévisées
"Lupin III" (1980) et la version anthropomorphe
de "Sherlock Holmes" (81/82), une coproduction
italo/japonaise interrompue faute d'un vrai engagement du côté transalpin.
Sans oublier sa collaboration très mineure sur le film animé de
Cobra, le mythique héros de nos mercredis après-midi.
Mais,
les impératifs narratifs et matériels liés à l'élaboration des séries
télévisées finissent par étouffer l'audace du maître. Aussi, sous
la pression d'Otsuka et de Takahata, il amorce un nouveau virage
dans sa carrière. En 1982, il entame la publication d'une bande
dessinée, "Nausicaä", une épopée lyrique et épique
dont la parution ne s'acheva qu'au bout de douze années et plus
de 1000 pages. Ce chef-d'ouvre méconnu du grand public (en occident
tout au moins) suscita un vif émoi dans les milieux artistiques
du monde entier (En France, par exemple, Moebius est un grand fan
de ce manga). Son éditeur, Yasuyoshi Tokuma, décida d'en porter
une adaptation sur grand écran (1984). Miyazaki accepta le poste
de réalisateur. Pouvait-il se douter qu'il s'apprêtait à mettre
en scène l'héroïne emblématique du cinéma d'animation nippon moderne
dans un film responsable du second big-bang de la japanimation (le
premier boum se produisit en 1977 au moment de l'essor des séries
télés) ?
L'histoire
de cette jeune princesse luttant dans un univers confronté au chaos
a de quoi émouvoir et raisonner. Le film remporta d'innombrables
prix dans les festivals. Mais, il ne fut diffusé en France qu'en
vidéo, dans une version tronquée de près de 30 minutes ! Une honte,
d'autant plus que Nausicaä était précédé d'une incroyable réputation,
le film portant notamment le sceau de la World Wildlife Association.
Miyazaki ne pardonna jamais l'insolence des producteurs désinvoltes
qui décidèrent d'amputer son ouvre pour la vendre sur des cassettes
d'une heure trente. Suite à cet incident, il refusa pendant près
de dix ans que ses films soient montrés à l'étranger, et il continue
encore d'exprimer son hostilité concernant la diffusion de ses longs-métrages
sur support vidéo. "
LE
STUDIO GHIBLI SOUFFLE LE CHAUD SUR LE CELLULO
Le
triomphe de Nausicaä permet la fondation du studio
Ghibli en 1985, un dispositif artisanal paradoxalement calibré
pour produire des chefs-d'ouvre à la chaîne. Le mot Ghibli, terme
italien désignant un vent du désert (plus précisément du Sahara),
illustre rien d'autre que la volonté de Miyazaki, Takahata et Otsuka,
de balayer la saleté qui encrasse le moteur de l'industrie du cinéma
d'animation nippon. Alternant avec une même aisance les rôles derrière
la caméra et le carnet de chèques (producteur), Miyazaki tourna
en 1986 son premier film pour le studio : "Laputa, le château
du Ciel", un conte librement inspiré d'un chapitre japonais
des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift et de la prosodie de Jules
Verne. Cette quête initiatique met en scène deux jeunes gens à la
recherche du bonheur, une utopie étourdie se cachant dans les catacombes
de la forteresse volante Laputa, et qui, comme ses vieilles pierres,
ne résistent pas à l'érosion du temps.
En 1988, Miyazaki réalisa "Mon Voisin Totoro",
un conte fantastique se laissant envahir par la piété, le sacré
et la tendresse. Des sondages récents prouvent que le film reste
aujourd'hui encore le plus populaire du Japon, Totoro étant devenu
l'idole des deux dernières générations d'enfants ayant vu le jour
au "Pays du Soleil Levant".
L'année
suivante, Miyazaki signe un court manga, l'âge d'or des hydravions,
qui anticipe largement sur l'avenir de son cochon volant, Porco
Rosso. Conjointement, il porte le sourire et l'espièglerie de Kiki
(Kiki Delivery Service) à l'écran. Le récit des aventures de la
petite sorcière qui doit grandir dans un monde d'adultes refusant
de la comprendre est une allégorie figurant le conformisme des êtres
humains.
En
1992, Miyazaki renoue avec des thèmes plus littéraires. Il met en
scène un pilote d'hydravion, "Porco Rosso", dont
l'élégance et la classe réaniment la comédie noire, romantique,
un brin misogyne, d'après-guerre. Comme dans Casablanca, de Michael
Curtiz, les genres s'y combinent et s'y interpénètrent avec un sens
inédit de l'harmonie.
Miyazaki
montre son talent en ne perdant jamais le fil de ce complexe écheveau.
A ce jour, "Porco Rosso" demeure sans doute le
film le plus personnel de Miyazaki, car le gamin construisant maladroitement
ses maquettes et l'homme qui dévora les oeuvres de St Exupéry et
Roald Dahl, s'y rencontrent.
C'est
en 1997 que Miyazaki réalise son ouvre la plus grave : "Princesse
Mononoké", un spectacle cruel et fascinant duquel le spectateur
peut difficilement ressortir indemne.
Des réalisateurs comme Mamoru Oshii ("Ghost in the Shell",
"Avalon"),
Rin Taro ("Metropolis") ou Hayao Miyazaki réalisent
des films extraordinaires depuis plus de vingt ans. Mamoru Oshii
est l'un des seuls interlocuteurs auquel James Cameron demande conseil
pour ses films.
Pour beaucoup de ses compatriotes, Miyazaki est l'égal de Kurosawa.
Malgré ses rares interventions dans les médias, sa voix compte dans
la vie publique nippone. Ses actions en faveur du respect de l'environnement
lui ont valu d'être reconnu comme un écologiste actif et influent,
même si une fois encore le cinéaste s'en défend.
La
carrière du réalisateur est particulièrement captivante. Il a su
se libérer de l'emprise monarchique des studios pour laisser vivre
ses songes sur grand écran. Sa compassion pour l'être humain et
la destinée de la société est perceptible dans toutes ses oeuvres,
bien qu'elle apparaisse de manière plus flagrante dans ses longs-métrages.
Si
les films de Miyazaki sont empreints d'une sensibilité typiquement
japonaise, leur esthétique et leur intensité dramatique leur ont
conféré un impact universel. |