|
| 
| 


|
 |
K-19, le piège des profondeurs
USA
/ 2002
Sortie en France le 18 septembre 2002

- Titre
original : K-19 : The Widowmaker
- Réalisation
: Kathryn Bigelow (Point Break, Strange Days.)
- Scénario
: Christopher Kyle
-
Photo : Jeff Cronenweth
- Musique
: Klaus Badelt
-
Production : Kathryn Bigelow, Edward Feldman,
Joni Sighvatsson et Christine Whitaker
-
Durée : 2h18
DISTRIBUTION
:
Harrison
Ford (Alexei Vostrikov)
-
Liam
Neeson (Mikhail Polenin)
-
Peter Sarsgaard (Vadim Ratchenko)
-
George Anton (Konstantin Poliansky)
-
Ingvar Sigurdsson (Gorelov)
|
|
| |
|
En 1961, Soviétiques et Américains ont largement de
quoi détruire toute la planète avec leurs arsenaux nucléaires
respectifs. Afin de répondre aux sous-marins de la Navy
qui ont Moscou dans la ligne du périscope, l'Etat Major
communiste décide de poster son K-19 nucléaire à portée
de Washington. Le commandement de l'engin est confié
au capitaine Vostrikov, homme dont le sens du devoir
ne saurait souffrir aucune mise en doute.
Qualité
qui peut rapidement devenir ambiguë, lorsque l'on a
à son bord des hommes parfois maladroits et un armement
susceptible de déclencher la guerre. Justement, une
fuite de réacteur ne va pas tarder à faire vaciller
le fragile équilibre géopolitique, déjà passablement
tendu en cette période.
|
| |
|
Le
film est donc tiré d'une histoire vraie, celle du sous-marin
russe K-19 qui, le 4 juillet 1961, fut victime d'une
avarie du système de refroidissement de l'un de ses
réacteurs alors qu'il se trouvait en plein océan Atlantique.
Le dysfonctionnement risquait de provoquer, à terme,
l'explosion du submersible et des ogives nucléaires
embarquées à son bord.
Cette
mésaventure ne fut d'ailleurs pas la seule de l'engin,
surnommé " Hiroshima " ou encore " Faiseur de veuves
" (le Widowmaker du titre original) au sein même de
l'armée soviétique. En 1969, il heurta le sous-marin
américain USS Gato en pleine Mer de Barents. Puis en
1972, un incendie à plus de 120 mètres de profondeur
fit 28 victimes. Le K-19 fut désarmé en 1991 puis mis
définitivement hors service en avril dernier. Afin de
rester fidèle à l'histoire dont le film est tiré, Kathryn
Bigelow s'était rendue en décembre 2000 à Saint-Petersbourg
afin de rencontrer les rescapés de la mission. Tout
se passe pour le mieux, mais lorsque l'ancien équipage
reçoit le scénario définitif quelques semaines plus
tard, il se sent profondément choqué, estimant que le
script les fait passer pour des alcooliques feignants
et incompétents. Une action en justice sera entreprise
mais à la vue du film, il semblerait qu'elle n'ait pas
franchement abouti. Le sous-marin utilisé pour le tournage
du film est un véritable submersible nucléaire russe,
le U-484. Après avoir servi de 1968 à 1992, celui-ci
a été acheté par une compagnie finnoise qui l'entreposa
à Helsinki puis le loua à une compagnie canadienne qui
en fit une attraction touristique (!) jusqu'en 1998.
Laissé
depuis à l'abandon dans un port de Floride, le U-424
a été récupéré par la production de K-19 puis retapé
et remis à neuf. Pour la première fois de sa carrière,
Harrison Ford n'est pas seulement acteur mais aussi
producteur exécutif.
Oscarisé
en 1998 pour Shakespeare in Love, le scénariste Tom
Stoppard s'est improvisé script doctor pour remanié
quelques scènes du scénario de Christopher Kyle, mais
son nom ne figure pas au générique. K-19 a été présenté
en 2002 au Festival de Venise (hors compétition) ainsi
qu'au Festival du Film Américain de Deauville.
Malgré
l'échec du film au box office mondial, Kathryn Bigelow
a pour prochain projet une autre adaptation d'un fait
réel : le 4 mai 1970, date à laquelle la Garde nationale
américaine tira sur des militants pacifistes opposés
à la guerre du Vietnam. Titre provisoire : Final Outrage.
|
| |
Y
A-T-IL UN COMMANDANT POUR SAUVER LE PARTI ? @@
Le cinéma est décidément un art fascinant. Le " film
de sous-marin " est, a priori, le genre de. genre qui
finirait naturellement par tourner en rond au bout de
quelques scénarios.
Mais
à Hollywood, certains producteurs doivent apprécier
ce type de challenge qui consiste à faire d'un vieux
pot une meilleure soupe, quitte à reprendre toujours
le même contenant formel. En l'occurrence, la réalisatrice
musclée Kathryn Bigelow s'est faite la périlleuse productrice
d'un film qui n'aura pas émergé au box-office ricain.
Ce qui n'est pas une raison pour ne pas chercher (et
trouver) quelques qualités à son film. Bigelow apporte
à un plat classique des ingrédients un peu plus pimentés
qu'à l'accoutumé, à commencer par elle-même. Que ce
soit dans les scènes d'action, parfois étourdissantes
de virtuosité et de tensions maîtrisées, ou dans les
duels psychologiques entre officiers (mention spéciale
à Ford et Neeson, sérieux comme une crise cardiaque),
la donzelle montre qu'en terme de mise en scène, elle
n'a de leçon à recevoir de pas grand monde.
Deuxième
élément suffisamment rare pour le genre : la narration
de K-19 ne suit que le point de vue des Soviétiques
et jamais celui de l'ennemi américain (à ce propos,
merci aux doubleurs de nous avoir épargnés l'accent
russe non-stop). Pourtant, la tentation d'en ajouter
une couche dans le patriotisme grotesque (Pearl Harbor,
ça vous rappelle quelque chose ?) n'est jamais loin
dans ce type de récit (tiré d'événements réels), a fortiori
à Hollywood.
Le
spectateur lambda pourra peut-être se trouver dérouté
devant l'absence d'ennemi visible, limite avant-gardiste
pour une production de cette envergure (100 millions
de dollars, quand même). Sans compter les petites nuances
scénaristiques se rapportant à la notion de devoir et
de trahison, rendant parfois les réactions des protagonistes
difficiles à décoder.
Mais
malgré son sens évident de la mise en scène, Kathryn
Bigelow ne nous épargne pas quelques longueurs, comme
cette fin qui n'en finit plus de finir et dont le seul
intérêt est de constater à quel point les maquilleurs
savent bien vieillir les acteurs.
Et
on a beau être chez les soviets, on n'échappe pas pour
autant à la musique grandiloquente de circonstance.
-
L@urent C@mite - |
|
|
|